Les enjeux d'une réindustrialisation contrariée

Quelles perspectives pour l'industrie française et européenne ?

Du mercredi 1er au vendredi 3 juillet 2026 à Reims (France)

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Perspective générale du colloque

Observé depuis la fin des années 2010, le processus de renaissance industrielle apparaît désormais fortement contrarié par l’évolution du contexte géoéconomique et géopolitique international.
Organisé par l’équipe du projet ANR IRETRA[1], ce colloque international s’inscrit donc à un moment critique pour l’industrie française et européenne. Alors qu’un processus de réindustrialisation semblait engagé depuis 2017-2018 (le nombre d’emplois créés par l’industrie excédant le nombre d’emplois détruits, les ouvertures d’usines l’emportant sur les fermetures), le mouvement semble marquer le pas depuis 2023 et même repartir à la baisse : les fermetures d’usines s’accélèrent et de nombreux plans sociaux sont annoncés dans la plupart des secteurs manufacturiers (150 000 emplois industriels pourraient disparaître en 2026 selon les premières estimations syndicales en France, soit presque autant que le nombre d’emplois recréés depuis 2017), mais aussi dans l’industrie lourde jusque-là épargnée (chimie, sidérurgie) et les hautes technologies. L’Allemagne, bastion de l’industrie en Europe, n’échappe plus à cette régression, frappée à son tour par un mouvement brutal de fermetures et de délocalisations inédit dans son histoire. Le spectre de la désindustrialisation fait-il son retour en France et en Europe après une courte parenthèse qui a nourri beaucoup d’espoirs ? La réindustrialisation est-elle un échec ? Un rendez-vous manqué ? Un « trou d’air » prévisible avant un sursaut salvateur et un redéploiement plus fort ? La France et l’UE sauront-elles se ressaisir ?

Pendant ce temps, la Chine continue de résorber ses énormes excédents de production en les exportant massivement vers le marché européen tandis que les États-Unis protègent leur marché en augmentant très fortement leurs droits de douane sur les produits chinois et européens. La diffusion des politiques d’austérité en Europe, le maintien (notamment en France avec les impôts dits de production) d’une fiscalité pénalisante sur les entreprises ainsi que des lourdeurs administratives multiples, la hausse sévère des coûts de l’énergie, de même que le gel ou le recul des dépenses de soutien à la transition écologique risquent fort de porter un coup fatal aux entreprises localisées en Europe. Celles-ci pourraient chercher de nouvelles alternatives en accélérant leur redéploiement hors Europe (États-Unis et pays émergents notamment), ce qui accentuerait davantage le repli de l’industrie européenne alors que l’espoir d’une réindustrialisation semblait se conjuguer avec le retour d’une volonté politique de recouvrement de la souveraineté et de puissance.

Cependant, rien ne semble définitivement joué car la volonté de réindustrialisation demeure au plus haut niveau des États comme en témoigne le grand retour des stratégies industrielles et des politiques d’appui sectorielles, appuyées par des programmes d’aide financière considérables (comme les dispositifs France Relance, France 2030, Territoires d’industrie), tandis que nombre de territoires locaux continuent de s’engager à bas bruit dans la voie du redressement industriel, notamment ceux marqués par une ancienne tradition industrielle. Par ailleurs, les atouts industriels de l’Europe, de l’Allemagne, de l’Italie, de la France, des Pays-Bas, de l’Espagne, etc., ainsi que de nombreux pays d’Europe centrale et orientale (PECO) restent très importants : main-d’œuvre qualifiée, haut niveau technologique, infrastructures de qualité, vaste marché de consommation (440 millions de personnes, 17 % du PIB mondial). Le rapport sur L’avenir de la compétitivité européenne remis par Mario Draghi à Ursula von der Leyen le 9 septembre 2024, a rappelé aussi à bon escient les points forts de l’UE : son économie ouverte face à un monde qui se ferme ; son degré élevé de concurrence ; la solidité de son cadre juridique ; etc. Mais il a mis aussi en garde l’UE contre l’affaiblissement de son activité économique, industrielle en particulier, mais aussi l’affaiblissement inquiétant de sa productivité, la baisse de son niveau d’innovation ainsi que ses difficultés pour trouver de nouveaux moteurs de croissance. Très applaudies lors de leur sortie, les 170 propositions de Mario Draghi peinent encore à se concrétiser ce qui ne peut qu’inquiéter.
Dans ce contexte très incertain, ce colloque questionnera donc les évolutions observées et les transformations souhaitables pour que l’industrie européenne puisse retrouver sa place. Pour autant, le processus dramatique à bien des égards de désindustrialisation qui a sévi pendant plus de quatre décennies (notamment à l’échelle des territoires) va-t-il se poursuivre, voire s’étendre à des pays comme l’Allemagne et certains PECO ? Les délocalisations, ralenties ces dernières années, vont-elles reprendre et s’accélérer, avec leurs lots de destructions d’emplois et de fermetures de sites, notamment dans des secteurs jusque-là épargnés ? Ou bien, au contraire, les mutations en cours vont-elles inscrire l’industrie européenne dans une dynamique de renouveau où la transition écologique constituerait une opportunité de produire des biens plus durables, dans le respect des équilibres environnementaux ?
Cette dernière interrogation ne peut faire abstraction du changement de trajectoire spectaculaire opéré par les Etats-Unis depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, qui a porté au pouvoir une équipe qui nie les conséquences du changement climatique et les équilibres écologiques, sans oublier les règles les plus élémentaires du droit international. On ne peut ignorer non plus le retour de pratiques ouvertement protectionnistes dont les effets pourraient être majeurs, avec le risque d’une accélération des investissements directs des groupes européens vers les Etats-Unis afin de contourner les barrières tarifaires et non tarifaires imposées par l’administration Trump, dans le prolongement des politiques incitatives initiées en 2022 par Joe Biden (Inflation Réduction Act). Ces investissements directs étrangers (IDE) pourraient, au moins en partie, se substituer aux exportations européennes et fragiliser la production sur le sol européen.
Sur le front écologique, la Commission européenne paraît elle aussi gagnée par les tentations du retour en arrière, en opposant les objectifs de transition écologique et de compétitivité, tout en semblant revenir sur des décisions fortes, à l’instar de l’interdiction des motorisations thermiques en 2035.

Tout en tenant compte des évolutions les plus récentes, ce colloque a pour ambition de faire le point sur les travaux engagés depuis septembre 2021 par les équipes de recherche issues des différentes disciplines impliquées dans le programme IRETRA (géographie économique et industrielle, aménagement et urbanisme, économie, sociologie du travail et sciences politiques). Il s’ouvrira aussi aux communications des chercheurs s’intéressant aux questions industrielles dans la diversité de leurs approches et dans une perspective interdisciplinaire. Les communications présentées s’organiseront autour de quatre thématiques principales : l’entrepreneuriat, les transformations du travail, la transition écologique, le lien territoires et industrialisation. Celles-ci sont brièvement présentées ci-dessous, avant d’être développées plus en détail dans la suite du texte, accompagnées des questions que les organisateurs souhaitent mettre en discussion.


[1]. Le projet ANR « Innovation, réindustrialisation des territoires et transformation du travail » (IRETRA) rassemble 12 chercheurs de 7 laboratoires et de 7 universités (2021-2026). Il est piloté depuis l’université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) et le laboratoire Habiter qui en est à l’initiative.

 

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