Colloque IRETRA 2026
Les enjeux d'une réindustrialisation contrariée.
Quelles perspectives pour l'industrie française et européenne ?

à Reims (France) du mercredi 1er au vendredi 3 juillet 2026

Présentation détaillée des thématiques > Thème 3 : Transitions écologique et décarbonation

Thème 3 : Transitions écologique et décarbonation

En ce premier quart de XXIème siècle, nous devons affronter le défi d’un réchauffement climatique d’origine anthropique, associé à de fortes émissions de gaz à effet de serre accumulées à l’échelle du globe depuis l’ère industrielle. Les travaux du GIEC en attestent. L’image de l’industrie est donc ambivalente : porteuse de biens matériels et de développement, mais aussi responsable d’une surexploitation des ressources et d’un usage immodéré des énergies fossiles, mettant en danger l’humanité entière. Le modèle industriel qui a prévalu doit donc être entièrement repensé à l’aune de cette crise climatique et environnementale. Pour la France et l’Europe qui, depuis le dernier quart du XXème siècle, ont connu une profonde désindustrialisation (Dufourq, 2022), réindustrialisation et souveraineté supposent une transformation en profondeur de l’industrie : un nouveau système énergétique, une décarbonation des process de production, le passage d’une économie linéaire (extraire, produire, consommer, jeter) à une économie circulaire (réutiliser, réparer, rénover, recycler) (Aurez et Georgeault, 2016 ; Arnsperger et Bourg, 2016 ; Aggeri, Micheaux et Beulque, 2023). Ces transformations conditionnent même l’acceptabilité de cette néo-industrialisation. Plus qu’une simple transition, c’est une véritable bifurcation (Veltz, 2022) qui se profile, nécessitant certes un ensemble d’innovations technologiques, mais aussi de profonds changements de nature économique, sociale et spatiale. Le nouveau paradigme industriel qui émerge fait des questions écologiques un déterminant central des stratégies d’acteurs.

Les approches focalisées sur les solutions technologiques relèvent du courant de la « modernisation écologique » (Mol, Sonnenfeld et Spaargaren, 2009). Ce dernier soutient que les impacts environnementaux des activités économiques peuvent être réduits par une augmentation des normes et l’adoption de bonnes pratiques. Tout particulièrement en Europe mais plus largement dans les pays de l’OCDE, nombre d’entreprises s’inscrivent dans cette dynamique, en réduisant leur consommation d’eau et d’énergie comme le rejet de polluants, en combinant innovations techniques et mécanismes de marché via divers dispositifs de politiques publiques (comme le Green Deal de l’Union européenne adopté en 2021). Toutefois, la décarbonation des process et des usages passe par l’électrification. Ici, l’augmentation du prix de l’électricité est une difficulté majeure à l’échelle française comme à l’échelle européenne.

La façon dont le prix de l'électricité est fixé sur le marché européen de l'électricité n’est pas non plus sans interroger.

Le durcissement des normes environnementales, dans une économie ouverte, est souvent considéré comme synonyme de dégradation des conditions de compétitivité, appelant de nouvelles régulations internationales (Aglietta, Espagne, 2024). Des régulations qui peinent cependant à s’élaborer dans le contexte outre-Atlantique de dérégulation. En outre, pour un nombre plus grand d’entreprises, la prise en compte des enjeux écologiques n’est pas seulement une question d’image, mais relève d’une « mission » partie prenante de leur stratégie industrielle. Ces changements stratégiques s’opèrent désormais dans des secteurs tels que l’automobile (avec les batteries), le transport aérien (avec les carburants SAF - Sustainable Aviation Fuel -), le transport maritime (avec les branchements à quai), la sidérurgie (avec les fours électriques et la récupération de ferraille, le captage et stockage du CO2), le secteur énergétique (avec l’essor des énergies renouvelables), ou les nouveaux vecteurs (hydrogène), etc. Les start-ups se positionnent, de nouveaux systèmes productifs émergent.

 

Questions

Quels sont les lieux de ces clusters de la décarbonation ?

Quel est le rôle de l’espace, de la proximité et des réseaux d’acteurs ?

Dans un contexte où il faut éviter l’artificialisation des sols et où l’espace devient rare, la décarbonation des industries (chimie, sidérurgie, cimenterie, papeterie, etc.) et des sites énergétiques existants (centrales, raffineries) conduit à la réutilisation des espaces par les nouvelles filières industrielles et énergétiques (production de PV, nouvelles métallurgies, hydrogène, SAF), à l’exception des ENR requérant de nouveaux espaces. Les ports sont parmi ces lieux d’imbrications entre anciens et nouveaux espaces, anciennes et nouvelles filières, propices aux expérimentations d’écologie industrielle et territoriale (Boutillier et al, 2024). La dépendance au sentier y serait-elle une opportunité plus qu’une contrainte ?

Quid de ces nouveaux métabolismes industriels ? Ils requièrent d’intégrer le cycle de vie des produits, l’accroissement de la consommation électrique et des métaux rares (Hache, Louvet, 2023), les possibles pénuries, la question de l’eau, etc. La diffusion des logiques d’accès pourrait entrer en conflit avec les logiques basées sur la propriété des biens.

Il est probable que la question écologique déborde l’enjeu de la seule décarbonation /défossilisation pour prendre en compte la perspective incontournable de sobriété, voire de décroissance (Latouche, 2019), ou de post-croissance (Lange B. et al, 2022) et dans tous les cas d’équité pour répartir les coûts de cette grande transition. In fine, quels nouveaux dispositifs de gouvernance se profilent pour coconstruire les territoires de la neutralité carbone ?

 

Références

Aggeri F., Micheaux H. et Beulque R. (2023), L’économie circulaire, Paris, La Découverte.

Aglietta M. et Espagne E. (2024), Pour une écologie politique, Au-delà du Capitalocène, Paris, Ed. Odile Jacob.

Arnsperger Ch. et Bourg D. (2016), Vers une économie authentiquement circulaire, Revue de l'OFCE, n° 145, p. 91 à 125.

Aurez V.et Georgeault L. (2016), Economie circulaire. Système économique et finitude des ressources, Paris, de Boeck Supérieur.

Boutillier S., Laperche B., Le S. (2024), Ports industriels en transition, de l’économie circulaire à la décarbonation, Paris, L’Harmattan, 251 pages.

Lange B, et al. (2023), Post-Growth Geographies: Spatial Relations of Diverse and Alternative Economies, Transcript Verlag, 456 p.

Dufourcq N. (2022), La désindustrialisation de la France, 1995-2015, Paris, Ed Odile Jacob

Hache E., Louvet B. (2023), Métaux le nouvel or noir, demain la pénurie ? Paris, Ed. du Rocher

Latouche S. (2019), La décroissance, Paris, PUF, Que sais-je ?

Mol, A.P.J., Sonnenfeld, D.A., Spaargaren, G. (dirs.) (2009), The ecological modernization reader: environmental reform in theory and practice, London, New York, Routledge.

Veltz P. (2022), Bifurcations réinventer la société industrielle par l’écologie, La Tour d’Aigues, Ed de l’Aube.

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