Colloque IRETRA 2026
Les enjeux d'une réindustrialisation contrariée.
Quelles perspectives pour l'industrie française et européenne ?

à Reims (France) du mercredi 1er au vendredi 3 juillet 2026

Présentation détaillée des thématiques > Thème 1 : Entrepreneuriat

Thème 1 : Entrepreneuriat

Le 9 septembre 2024, Mario Draghi (ancien Président de la Banque centrale européenne, BCE) a remis à Ursula Von der Leyen (Présidente de la Commission européenne) un rapport sur l’avenir de la compétitivité de l’Europe (Draghi, 2024). Le constat dressé dans ce rapport est clair et accablant : la croissance en Europe est – comparativement aux deux grands blocs économiques rivaux que sont les États-Unis et la Chine – atone, ou, plus exactement, en deçà de celle de ces blocs et traduit un décrochage net. Alors que l’Allemagne elle-même commence à être directement concernée par la désindustrialisation, ce constat semble indiquer que le sentiment français d’un décrochage technologique et industriel vaut, plus largement, pour le « Vieux continent » dans son ensemble. Dans le cas français, la difficulté croissante des PME marquée par la hausse des défaillances d’entreprises participe à ce décrochage. Indispensables à la croissance française, elles sont pourtant depuis une dizaine d’années déjà décrites comme fragiles (Pillu, Zlotowski, 2014). À cela s’ajoute la pression croissante de la transition écologique, qui nécessite une révision profonde des méthodes de production pour répondre aux exigences environnementales. Fragilités industrielles et technologiques, crise de compétitivité, crise de la capacité d’innovation, dépendance (commerciale, technologique, énergétique) croissante à l’égard du reste du monde – en particulier États-Unis et Chine –, le constat des défis auxquels est confrontée l’Europe est donc sévère. En creux, ce rapport soulève la question de la capacité de l’Europe à générer de nouvelles entreprises positionnées sur des marchés d’avenir et susceptibles de devenir à terme des entreprises d’envergure mondiale, des firmes transnationales capables de rivaliser avec les entreprises américaines, chinoises et autres. Par ailleurs, la question de la relocalisation des chaînes de production en Europe est cruciale pour renforcer l’indépendance économique du continent et répondre aux besoins d’une réindustrialisation durable (Veltz, 2017). In fine, l’Europe ne ferait-elle pas face, en premier lieu, à une crise de l’entrepreneuriat ?

Depuis quelques décennies, de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, Anna Lee Saxenian (1999, 2006) analyse de manière extrêmement documentée l’écosystème entrepreneurial de la Silicon Valley, soulignant le rôle déterminant des associations professionnelles, mais aussi de l’immigration dans les dynamiques de l’innovation et les dynamiques industrielles régionales. Sur ce point, une étude portant sur la décennie 1995-2005 et étendue aux principaux technology centers du pays montrait que plus de la moitié (52,4 %) des entreprises high-techs de la Silicon Valley avaient été fondées par des immigrants (Wadhwa, 2008). Aussi, grâce à un dynamisme entrepreneurial exceptionnel, la Silicon Valley connaît-elle un succès industriel sans cesse renouvelé (Lee et al., 2000 ; Kenney, 2000), non sans répercussions dommageables en termes sociaux et environnementaux (Walker, 2018).

Outre l’impact environnemental sans doute loin d’être négligeable des activités développées par et autour la Silicon Valley, on doit s’interroger sur la pérennité du succès de ce modèle. Ce succès est-il confirmé de nos jours ? Il semblerait que s’opèrent actuellement certaines relocalisations de sièges sociaux de la Californie vers le Texas. Après coup, ne doit-on pas considérer à quel point l'écosystème de la Silicon Valley était aussi politique, ce, alors que la figure des entrepreneurs à succès se transforme en oligarques ?

Quoiqu’il en soit, la Silicon Valley constitue, sans aucun doute, un écosystème entrepreneurial très singulier, voire unique. Aussi est-il nécessaire de dépasser ce cas pour analyser d’autres modalités concrètes de l’entrepreneuriat en Europe. À cet égard, l’expérience d’autres pays (Allemagne, Italie par exemple), ou l’expérience de territoires transnationaux (le monde méditerranéen, par exemple ; Daviet 2015) peuvent apporter des éclairages pertinents. De même l’initiative « French Tech » mérite-t-elle l’attention du monde académique pour en saisir le fonctionnement et les résultats obtenus. L’entrepreneuriat industriel est un moteur essentiel de la réindustrialisation des territoires, favorisant la revitalisation économique notamment à travers l’émergence de start-ups industrielles agiles et souvent très innovantes. Le rôle des incubateurs industriels et des partenariats public-privé dans le développement de ces écosystèmes apparaît également comme une question centrale. L’entrepreneuriat peut, au demeurant, être appréhendé sous des angles très différents, soulevant une multitude d’interrogations.

 

Questions

Alors que Schumpeter (1942) mettait en lumière qu’à toute nouvelle grappe d’innovations sont associées de nouvelles entreprises, de nouvelles méthodes managériales et de nouveaux entrepreneurs, quelles sont de nos jours les figures nouvelles de l’entrepreneuriat ?

Que signifie « entreprendre » aujourd’hui dans le contexte de réindustrialisation ?

L’idée qu’il existe un entrepreneuriat incrémental et un entrepreneuriat disruptif est-elle pertinente ?

Comment expliquer qu’il existe des territoires et des milieux sociaux plus propices à l’entrepreneuriat ?

Même si la question est sans doute en dehors du périmètre des sujets à discuter dans le cadre de ce thème « entrepreneuriat », quels sont les mécanismes psychosociologiques qui incitent à fonder une entreprise innovante dans le contexte contemporain des transitions énergétiques et écologiques ?

Par ailleurs, l’entrepreneuriat peut-il être envisagé en dehors de toutes considérations relatives aux cadres réglementaires et fiscaux nationaux (mais aussi européens), plus ou moins incitatifs ou, a contrario, contraignants ?

 

Références

Daviet S. (ed.) (2015), L’entrepreneuriat transméditerranéen. Les nouvelles stratégies d’internationalisation, IRMC –, Paris, Karthala, 379 p.

Draghi M. (2024), The Future of European Competitiveness, European Commission, 66 p.

Kenney M. (ed.) (2000), Understanding Silicon Valley. The Anatomy of an Entrepreneurial Region, Stanford University Press, 285 p.

Lee C. et al. (2000) The Silicon Valley Edge. A Habitat for Innovation and Entrepreneurship, Stanford Businness Books, 424 p.

Saxenian A. (1999), Silicon Valley’s New Immigrant Entrepreneurs, Public Policy Institute of California, 92 p.

Saxenian A. (2006), The New Argonauts, Regional Advantage in a Global Economy, Harvard University Press, 424 p.

Schumpeter J. (1942) Capitalisme, socialisme et démocratie, New York Harper & Bros, 287 p.

Veltz P. (2017) La société hyper-industrielle : le nouveau capitalisme productif, Paris, Seuil, 240 p.

Wadhwa V., Saxenian A., Rissing B., Gereffi G. (2008), « Skilled Immigration and Economic Growth », Applied Research in Economic Development, Vol. 5, No. 1, pp. 6-14.

Walker R. (2018), Picture of a Gone City. Tech and the Dark Side of Prosperityin the San Francisco Bay Area, PM Press, 456 p.

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